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Quaderno di traduzione 43. Scènes de vie dominicale en province I PDF Stampa E-mail
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Giovedì 07 Maggio 2015 07:27

Traduzione di Annie e Walter Gamet

 

Oh, comme je me consumais. Si seulement je savais encore pour quoi.

Robert Walser, Les Rédactions de Fritz Kocher.

 

Le bain hebdomadaire

Le dimanche matin, dès le réveil, c'était le moment du bain hebdomadaire. Dans la maison où nous habitions, il n'y avait pas de baignoire et je crois que la construction de la salle de bain pourvue des principaux équipements est advenue de nombreuses années après celle de la maison, avec l'adjonction d'un cagibi plutôt exigu aménagé dans la cour intérieure et accessible par la cuisine. Ma mère, à cette époque, avait acheté une grande bassine en plastique de couleur verte, elle la remplissait d'eau qu'elle chauffait dans de grandes marmites sur la plaque de la cuisinière : c'est ainsi qu'étaient réduits en cendres tous les journaux de mon père, ils servaient enfin à quelque chose. Nous prenions donc le bain dominical dans la cuisine, la pièce la plus chaude de la maison, l'absence de chauffage central moderne nous contraignant à utiliser des braises et des poêles.

En hiver, la seule idée de me dévêtir et de rester nu pour prendre un bain me donnait la chair de poule, de sorte que le souvenir que je garde du bain dominical n'est pas celui d'un bon moment dans la semaine. J'aurais voulu rester plus longtemps dans la chaleur du lit, sans me soucier de l'appel des cloches qui annonçaient les premières messes de la matinée, sommeiller encore un peu en pensant à la jeune fille qui m'était immédiatement revenue à l'esprit au moment du réveil – je savais que je ne la verrais pas ce jour-là car elle passait les dimanches avec ses parents dans une autre ville ; au lieu de cela, ma mère venait me tirer du lit, prétendant que je devais la remercier de m'avoir concédé une demi-heure supplémentaire de repos par rapport aux autres jours : il était sept heures et demie au lieu de sept, heure à laquelle elle avait l'habitude de nous réveiller les jours d'école. L'eau était déjà chaude dans la bassine verte, il n'y avait pas moyen d'échapper séance tenante au bain purificateur. Ma sœur était la première à se laver pendant que je prenais le petit-déjeuner dans la salle à manger, puis c'était à moi d'aller dans la bassine, tandis que la cuisine se remplissait de vapeur et que crépitait le feu dans la cheminée. Le bain durait un peu moins de dix minutes, il suffisait de se savonner de la tête aux pieds, ma mère se chargeait ensuite de me frotter comme du linge sale. Tout de suite après, on s'habillait dans la petite salle à manger contiguë, la chaleur de la cuisine s'y répandait en nuées de vapeur qui flottaient dans l'air. En une demi-heure, nous étions tous prêts pour la messe dominicale. À dire vrai, si nous devions nous lever aussi tôt, c'était justement à cause de la messe de neuf heures que, par décret familial, il nous fallait suivre car celle de onze heures aurait décalé toutes les opérations de la journée ; ainsi, après la messe, ma mère et ma sœur retournaient à la maison faire la cuisine tandis que mon père et moi attendions l'heure du déjeuner au bar Ascalone. Puis, le repas terminé, nous allions à Corigliano d'Otrante rendre la visite hebdomadaire aux parents de ma mère.

 

 

Dévotions familiales

En matière de religion, mon père n'a jamais été pratiquant. Toutefois, il nous accompagnait à l'église et il avait la patience d'écouter la messe jusqu'au bout. Je crois qu'il le faisait par amour pour ma mère qui avait des habitudes tout à fait différentes et sans doute aussi parce qu'il croyait à l'utilité de la religion dans l'éducation des enfants. D'ailleurs, quand nous fûmes plus grands, jamais il ne nous força à aller à l'église, lui-même ne tarda pas à y aller moins souvent, jusqu'à cesser presque tout à fait, c'est aussi ce que fit ma mère.

Dans la famille de ma mère, si les hommes se rendaient à l'église une fois par semaine – le dimanche car pendant la semaine ils étaient pris par le travail –, les femmes, elles, s'y rendaient chaque jour, et même plus d'une fois par jour pour les différentes messes, les neuvaines, triduums, obits, etc. Lorsqu'en mille neuf cent soixante ma mère, une fois mariée, arriva à Galatina, il est probable que cette assiduité lui manqua beaucoup, au point qu'en ma présence il lui arriva plusieurs fois de regretter ce temps passé de sa jeunesse où elle pouvait se rendre souvent à l'église, ce qui était aussi un moyen d'échapper à l'enfermement du milieu familial. Les soins apportés à la famille occupèrent le temps consacré auparavant à la religion ; et puis, après avoir laissé à Corigliano d'Otrante toutes ses chères amies, avec qui elle avait partagé non seulement les pratiques de la religion, mais aussi les inévitables inquiétudes et les confidences de jeunesse, quelles rencontres aurait-elle pu faire à Galatina, sa nouvelle paroisse, où elle ne connaissait personne ? Je me souviens que mon père réagissait à ces moments de nostalgie en lui reprochant sur le mode de la  plaisanterie, le côté mondain de sa vie passée à Corigliano qu'elle n'a jamais nié, parce que sa vie était ainsi faite : maison, église, religieuses. Puis, un peu plus grande, comme elle me le racontait, ses premières escapades au jardin public aménagé aux abords du centre ancien, à la place des puits d'autrefois où s'abreuvaient bêtes et gens. À l'en croire, c'est au cours d'une de ces sorties, durant lesquelles il y avait toujours aux aguets un frère (le poignard) ou un membre de la famille (la vipère) prêt à en référer à ses parents, que ma mère fit la connaissance de mon père.

Je ne crois pas que le fait d'être allée moins souvent à l'église après son mariage, ait été cause de souci pour ma mère. En revanche, je pense qu'elle a beaucoup souffert d'avoir quitté la famille restée au pays, ses amies de jeunesse et, d'une manière générale, tout ce qui avait fait sa vie jusqu'alors. Avant d'avoir une auto, elle devait prendre l'autocar pour  se rendre à Corigliano – sinon il aurait fallu avoir recours à Uccio Pensa, un très brave homme, mais il va de soi que, seule avec lui, elle n'y serait jamais allée – et cela augmentait la distance. Quand ensuite elle passa le permis de conduire à la fin des années soixante, les liens s'étaient déjà distendus et plus rien n'allait être comme avant. J'ignore dans quelle mesure l'espoir d'une vie meilleure tout à construire dans une petite ville plus évoluée comme Galatina, a atténué sa souffrance, mais il est certain qu'accaparée, comme j'ai dit, par les soins apportés à la famille, elle ne tarda pas à s'habituer à sa nouvelle vie, et, que je sache, si quelquefois elle regrettait sa vie passée, une visite chez ses parents le dimanche après-midi suffisait à lui redonner de l'énergie pour toute la semaine.


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