Quaderno di traduzione 47. Les après-midi dehors Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Domenica 23 Agosto 2015 16:27

Traduzione di Annie e Walter Gamet

 

Après l'école, il était convenu de nous retrouver tous, vers treize heures trente, autour de la table de la salle à manger pour le repas principal de la journée. À peine rentré, mon père avait beaucoup à nous raconter, les faits survenus dans sa classe, ses relations avec les élèves, avec des collègues, bref différents épisodes de la vie scolaire. Ma mère, femme au foyer, avait, elle aussi, des choses à raconter. Elle nous parlait des rencontres qu'elles avait faites en ville pendant ses courses de la matinée, ses prises de bec avec des commerçants dont il fallait surveiller les comptes précisément pour éviter de se faire avoir, les conversations qu'elle avait eues avec ses amies. Les questions rituelles qui nous étaient posées, à ma sœur et à moi, étaient toujours les mêmes : « As-tu été interrogé ? As-tu des devoirs à faire ? Comment ça va à l'école ? ».

J'étais capable d'avaler le repas entier en dix minutes, entrée, plat principal et fruit, auquel pouvait s'ajouter un dessert ; ce dernier toutefois, peu fréquent en semaine, était généralement réservé au dimanche. Mon père et ma mère cherchaient à me freiner en me disant que le secret d'une bonne digestion réside dans une lente mastication, mais je faisais la sourde oreille et j'attendais que le plat principal fût servi pour l'engloutir et filer. Le fruit, j'allais pouvoir le grignoter après, tout en marchant vers le petit terrain où m'attendaient mes camarades. À deux heures moins vingt, je quittais la maison. Ma mère n'arrêtait pas de me recommander : « Fais attention en traversant la rue ! ». Pour rejoindre notre petit terrain de jeux dans le quartier Nachi, il fallait franchir la Via di Gallipoli, toujours très fréquentée. Non seulement elle me recommandait de faire attention à la circulation automobile et de regarder à droite et à gauche plutôt deux fois qu'une avant de la traverser, mais de surcroît elle se mettait à la fenêtre de la petite salle à manger pour suivre ma progression jusqu'à ce qu'elle m'eût jugé hors de danger. En moins de cinq minutes, j'étais chez Raffaele, mon camarade d'école.

Le père de Raffaele était employé municipal et ses heures de service ne coïncidaient pas avec celles de mon père qui revenait de l'école, comme je l'ai dit, un peu avant treize heures trente. Le sien rentrait vers deux heures, si bien que, chez eux, le repas principal était décalé d'environ une demi-heure et au moment où il commençait, j'étais là dans la rue en train de jouer avec mon camarade à taper du pied dans le ballon. Depuis la fenêtre, sa mère l'appelait quand tout était prêt sur la table. Je me retrouvais donc seul dans la rue. Sans doute inspirais-je une grande pitié à la mère de Raffaele, qui immanquablement me faisait entrer chez elle, m'offrait un siège, me priait instamment de prendre place avec le reste de la famille autour de la table sur laquelle elle avait disposé les plats et m'invitait à me servir. Ayant déjà déjeuné, je déclinais l'invitation, et conformément aux règles du savoir-vivre, je souhaitais bon appétit à tout le monde. J'ai ainsi assisté pendant de longues années aux déjeuners de la famille de mon camarade d'école, dans l'attente de le voir finir son repas au plus vite, pour aller ensuite en courant vers le petit terrain tout proche avec la possibilité d'y jouer au moins deux heures durant ; après quoi, en raison de l'obscurité, il fallait revenir à la maison faire nos devoirs pour le lendemain. Je dois dire que les parents de Raffaele se montrèrent très indulgents à mon égard en passant sur un tel manque de discernement de ma part. Heureusement, Raffaele était aussi rapide que moi pour avaler le repas, et c'est ainsi qu'au bout de dix minutes nous étions de nouveau dans la rue.

Tout près de là, il y avait un petit terrain entre les maisons récemment construites. La localité, en s'agrandissant, prenait à cette époque l'aspect d'une peau de léopard, c'est-à-dire qu'entre les taches – les différents immeubles cubiques en béton armé –, s'étaient créées des sortes de clairières, espaces de terre rouge, friches en apparence abandonnées par les adultes ; terre rouge dont nous, les enfants, pensions qu'à force de la battre et rebattre comme il faut en jouant dessus, nous en ferions de véritables petits terrains de football en terre battue, destinés à notre amusement, jusqu'à la décision d'un entrepreneur d'y construire des pavillons. Ça et là affleurait une pointe de roche qu'on ne pouvait en aucune façon aplatir, sur laquelle il fallait prendre garde de ne pas trébucher ni tomber. Les cages de football laissaient toujours un peu à désirer : deux cuccetti – on trouvait partout ces blocs de tuf taillés, restes de matériaux de construction non utilisés pour les nouveaux immeubles – placés à quelques mètres de distance l'un de l'autre, et une barre transversale qu'on ne pouvait qu'imaginer ; d'où de fréquentes disputes car de nombreux buts marqués étaient douteux et aucun arbitre, pas même le plus autorisé, ne parvenait à mettre les adversaires d'accord. À deux heures d'après-midi, certains étaient déjà sur le petit terrain, et peu à peu arrivaient des gamins de tout le quartier ; on finissait par être trop nombreux pour jouer sur une surface comparable tout au plus à celle du football en salle. On commençait par constituer deux équipes, puis on improvisait un tournoi pour faire participer tout le monde. Les plus grands, pourtant, jouaient autant qu'ils le voulaient, les plus petits étaient priés de se taire au bord du terrain, ils avaient tout le temps de grimper aux abricotiers qui, autant qu'il m'en souvienne, ne parvinrent jamais à maturité. Mais l'entraînement était une nécessité pour tous – c'est là que s'opérait la sélection naturelle – parce que le quartier Nachi devait avoir son équipe qui ensuite affronterait dans le tournoi municipal celle de Sant'Antonio, de lu Crucifissieddhu, dell'Oratorio, de San Biagio, etc. On jouait jusqu'à la tombée de la nuit qui, l'hiver, arrivait toujours trop tôt. Puis, je le redis, on allait faire ses devoirs.