L'armée du surf 7. La vague qui vous emporte, c’est nous Stampa
Sociologia
Scritto da Internazionale surfista   
Martedì 01 Ottobre 2013 11:45

Traduzione di Annie e Walter Gamet


« Rendez-vous ! »

La vague qui vous emporte, c’est nous, nous les surfeurs qui l’attendons. Nous sommes les cauchemars qui nous épouvanteraient si nous n’avions appris à les dominer. Nous sommes étudiants, précaires, candidats chercheurs, cerveaux toujours en cavale, intelligences non mesurables. La crise est notre compagne, nous sommes nés avec elle, elle ne nous fait pas peur. Nous l’avons déjà payée, maintenant, ce n’est plus notre affaire.

Nous, on s’est construit un corps collectif, avec les savoirs qu’on a socialisés, les désirs qu’on a partagés, la joie qu’on ne veut pas se voir ôter, les décisions qu’on sait prendre. La vague, c’est nous.

Nous sommes restés décontenancés en nous regardant, nous retrouvant sans nous connaître, nous mettant ensemble en mouvement instinctivement, chacune et chacun se reconnaissant dans l’autre et la marée monte.

Gares, places, rues bloquées, c’est une inondation. Nous, la crise, on ne la paiera pas ! Plus question de réprimer nos désirs, vous ne pouvez plus l’exiger. On a donné, à présent on veut prendre : prendre ce qui nous revient, ce qu’on a déjà gagné, ce qu’on a inventé.

C’est la crise et nous, on déborde de joie. Ou mieux : c’est notre joie de vivre débordante qui va provoquer la crise. On n’est pas à votre disposition, on veut renégocier les conditions, donnez-nous les sous que vous nous devez et la liberté que vous nous volez.

Rendez-vous ! Vous êtes essoufflés. Vous nous courez après, vous avez du retard, vous ne savez plus comment faire pour nous arrêter et vous avez recours à toutes les pièces du répertoire, du vintage (kossiga ki ça ?!)1 au fasciste remixé (un coup de verni au bâton et te voilà comme neuf, vieille merde !). Mais les truquages ne fonctionnent plus. Pas la peine de temporiser. Rendez-vous ! Vous ne servez à rien.

Les intimidations ou les médiations sont inutiles, les délégations ou les synthèses extravagantes aussi, personne ne nous représentera. L’université, c’est nous qui la réformerons, le laboratoire est ouvert en permanence, inventant de nouvelles règles ; nous savons combien d’intérêts tournent autour du savoir, nous ne menons ni un combat d’arrière-garde pour les mandarins et leur système féodal de vassaux, d’arrière-vassaux et vassaux d’arrière-vassaux, ni une croisade empreinte d’idéalisme romantique et déconnectée des aspects matériels en jeu : le savoir que nous produisons, c’est de la richesse et on est en train de nous la voler, nous casserons les horloges et les balances qui mesurent les connaissances et fixent les échéances du remboursement de notre dette, nous casserons les règles de notre exploitation.

Nous sommes trop rapides pour être capturés, trop productifs pour être exploités, trop impétueux pour être stoppés. Notre joie de vivre, c’est votre crise.

L’armée du surf, c’est nous et on habite les plis de la vague.

Rendez-vous ! Vous êtes cernés.

1. Francesco Cossiga (1928-2010) : un des hommes politiques les plus controversés d’Italie. L’auteur écrivant Kossiga avec un K, lettre étrangère à l’alphabet italien, mais très utilisée en Allemagne, veut souligner le caractère autoritaire, voire nazi qui, selon lui, est propre au personnage (cf. annexe : contexte historique).