Quaderno di traduzione 29. Convalescence Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Domenica 08 Giugno 2014 09:37

Traduzione di Annie e Walter Gamet


Quand la fièvre tombait et que seul un état de grande faiblesse subsistait en moi, je me mettais à lire les livres qu'entre-temps mon père m'avait rapportés de l'école. Quelques années auparavant, mes parents avaient acheté les Quindici, et c'est dans ces moments-là que je leur demandais le tome II intitulé Récits et Contes dans lequel je ne me lassais pas de lire et relire l'histoire de Fortunato et de son flambeau magique dont j'espérais qu'il ne se consumerait jamais, les histoires des cinq frères chinois se ressemblant comme cinq gouttes d'eau et les exploits des musiciens de Brême. Je passais ainsi des journées entières, du matin au soir, dans ma chambre d'où je pouvais noter le changement de la lumière aux différentes heures de la journée, la course du soleil et les divers degrés de clarté à travers les vitres de la fenêtre. C'était le moment des bonnes résolutions. Qu'allais-je faire dans la vie ? Quel chemin devrais-je prendre ? Mes parents allaient m'orienter vers les études supérieures, mais la perspective de me réaliser dans les études était si lointaine qu'elle en était désespérante. Il me faudrait encore aller au lycée, puis à l'université, et qui sait ce qui arriverait ensuite ! Les études me rendraient, de nombreuses années encore, dépendant de mes parents pour lesquels, tôt ou tard, vu mon improductivité, je serais une charge. Rester au lit avec la fièvre signifiait pour moi réfléchir à tout cela, faire le point de la situation et me préparer à affronter l'avenir. Il me fallait alors fixer mon esprit sur quelques points précis : la nécessité d'étudier – comme mes parents me le prêchaient, tandis que moi je préférais rester à jouer dans la rue avec mes camarades –, la nécessité de réfléchir, comprendre, sentir les choses, les vivre intensément de façon à corriger le sentiment de précarité et d'inutilité inhérent à ma condition d'élève à durée indéterminée. C'étaient pour moi des moments de grande tristesse, mais aussi de très profonde méditation. Et cette jeune fille qui ne cessait de rôder dans ma chambre de manière obsédante, que représentait-elle ? L'amour impossible, certainement, mais que signifiait cet amour impossible ? Dans l'ignorance  de ce que l'avenir me réserverait, tout mon désir me portait vers une image de jeune fille dont la figure sans consistance, uniquement fantasmée, constituait un appui imaginaire auquel je me raccrochais, par crainte de tomber dans le vide. Si j'aimais tant le chant où Roland sombre dans la folie, c'est peut-être parce que j'y voyais le reflet d'un désir semblable au mien, sans équivalent dans la réalité. Je ne demandais rien à la jeune fille de mes songes, sinon de continuer à ignorer ses apparitions dans mes rêves et d'y jouer son rôle protecteur contre ma chute vers le néant. Qu'arriverait-il si la jeune fille réelle apprenait mon amour et qu'elle y répondait ? Je craignais qu'une telle éventualité pût un jour se concrétiser, me prenant totalement au dépourvu.

Puis, au fil des heures, la maladie passait par une phase différente ou plutôt, peu à peu, la grande faiblesse faisait place à la guérison. Si je pouvais lire aussi longtemps, soutenait ma mère, je pouvais peut-être aussi téléphoner à quelque camarade de classe pour me faire transmettre les devoirs. Jusqu'à ce qu'un beau jour je quitte le lit, remis sur pied. Le premier jour de ma convalescence devait se passer à la maison, ma mère me défendait de sortir : un courant d'air pouvait m'indisposer et faire revenir la fièvre, la rechute étant souvent plus pernicieuse que la maladie elle-même. Donc, ce jour-là, pas de sortie. Derrière les vitres de la fenêtre fermée, je devais me contenter de regarder mes camarades en train de chahuter aux abords de la maison, occupés à jouer aux billes, à s'entraîner au football ou à échanger des vignettes de joueurs. Peut-être avaient-ils aussi au cours de l'après-midi organisé une descente dans la carrière – gouffre immense ouvert au milieu de maisons construites préalablement, au fond jonché de tous les détritus de la ville – à la recherche d'objets hors d'usage, utiles toutefois à équiper notre cabane ; ou bien auraient-ils décidé d'en compléter la construction pour l'utiliser dès que possible comme vestiaire de terrain de sport ou pour nous y abriter les jours de pluie et décider ensemble, commodément assis sur les bancs, quelle formation aligner sur le terrain contre les équipes adverses des autres quartiers de la ville lors du prochain tournoi de football ?

Le deuxième jour, en revanche, il était permis de sortir, il fallait donc aller à l'école ; c'était étrange de retrouver les camarades une semaine après ou davantage, de reprendre l'habituelle routine, de revoir les professeurs avec la conscience d'avoir changé, vraiment grandi au fond de soi – allaient-ils s'en apercevoir ? – ; en effet, les jours de maladie avaient servi à remettre pas mal de petites expériences à leur place, à clarifier bien des aspects de la vie et leurs interactions, le monde entier, réel et imaginaire, dans lequel à présent je revenais vivre. Mes camarades aussi me paraissaient changés, ils m'accueillaient, le visage souriant, avec l'étonnement qu'on réserve à quelqu'un qu'on n'a pas vu depuis longtemps, alors qu'il ne s'était écoulé qu'une semaine. De la même façon, moi aussi, je m'étonnais de revoir mes camarades de classe : l'un s'était fait couper les cheveux, un autre portait un pull-over acheté récemment, un autre encore, de retour comme moi à l'école après quelques jours de fièvre, semblait amaigri, etc. Notre étonnement était le signe qu'en une semaine beaucoup de choses avaient vraiment changé, à tel point que nos retrouvailles signifiaient, non pas nouer une nouvelle amitié, mais renouveler le pacte qui nous tenait liés les uns aux autres, serrés sur les bancs de l'école, unis par un destin commun. Mes camarades, pourtant les mêmes depuis toujours, m'apparaissaient comme d'autres personnes avec qui j'allais pouvoir faire diverses activités : une recherche sur les aborigènes d'Australie, un petit journal de classe, une équipe de football, etc. Je ressentais cela non seulement dans ma relation avec mes camarades de classe, mais aussi avec les garçons du voisinage quand nous jouions après le déjeuner dans la rue ou sur le petit terrain pas très loin de la maison. Mes amis m'accueillaient parmi eux en me faisant tenir ma place habituelle de gardien de but, ce qui m'assurait amplement que l'absence momentanée avait interrompu, mais pas supprimé les quelques heures passées dehors à disputer nos matches quotidiens, quand le temps le permettait. Et la sensation de m'être amélioré était sans aucun doute à attribuer à la fièvre qui m'avait fait grandir physiquement, comme le soutenait mon père.

La fin de la maladie et le retour à la vie coïncidaient donc vraiment avec la croissance. La fièvre n'était pas un mal saisonnier – comment les jours de repos et les nouvelles possibilités qu'elle m'ouvrait pouvaient-ils constituer un mal ? – mais une simple pause au cours de laquelle, après avoir interrompu les activités habituelles, je me préparais à revenir dans le monde avec la résolution de faire quelque chose de bien dans la vie. En attendant, nous allions organiser sans tarder une expédition au fond de la carrière pour en rapporter des matériaux utiles – une planche de bois, un guéridon boiteux, un panneau d'eternit, etc. – pour notre construction au bord du terrain.