Quaderno di traduzione 52. La Dame Cannone Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Martedì 01 Dicembre 2015 08:32

Traduzione di Annie e Walter Gamet


Au temps où la foire était encore de dimensions réduites et n'envahissait pas toute la place Fortunato Cesari, les attractions étaient installées dans la villa piccola. Mes premiers souvenirs de la fête de la Saint-Pierre remontent à cette époque-là : ma mère, me tenant par la main, m'emmène en promenade parmi les étals de confiseries (barbe à papa et amandes caramélisées), de jouets, de marchandises variées, dans une cohue où parvenir à se frayer un chemin est très difficile pour un bambin qui a forcément peur d'être écrasé. Toutefois, cela ne m'empêchait pas de vouloir tout ce que je voyais. Et comme il n'est pas simple de faire comprendre à un enfant que dans la vie on ne peut pas tout avoir, ma mère avait imaginé un système pour me faire tenir tranquille, un système répressif fondé sur la peur de la Dame Cannone.

« Maman, qui est la Dame Cannone ?

- C'est une femme énorme, une géante.

- Et que fait la Dame Cannone ?

- Si tu n'arrêtes pas de réclamer tout ce que tu vois, je t'emmène chez elle. »

En définitive, ma mère ne disait pas ce qui me serait arrivé, si elle m'avait conduit chez la Dame Cannone, mais elle laissait entendre que la géante aurait écrasé de son poids énorme et anéanti d'une taloche bien assenée l'enfant pleurnicheur et jamais content que j'étais. Dans ma tête de gosse toujours en train de réclamer, la Dame Cannone devenait donc la personnification de la foule dont le lent mouvement  dans les rues de la cité menaçait, à tout moment, de m'écraser. Toutefois, les paroles de ma mère étaient un peu suspectes, car je ne comprenais pas quel sens pouvait avoir l'achat d'un billet pour voir la Dame Cannone avec la certitude de se faire écrabouiller. Les choses n'étaient donc sans doute pas comme elle le disait, et moi, j'aurais bien voulu la voir cette Dame Cannone, mais de loin. Quand je passais près de la fontaine de la villetta, où, selon ma mère, se trouvait la baraque de la Dame Cannone, je sentais au fond de moi la curiosité le disputer à la peur, sans qu'aucun des deux sentiments ne parvînt à prévaloir.

Je ne vis jamais la Dame Cannone, mais la peur de la voir et la curiosité m'accompagnèrent durant toutes les années de ma plus tendre enfance passée dans la petite maison louée par mes parents place Fortunato Cesari, donc justement là où se déroulait une partie importante de la fête. Il me semble encore entendre les plaintes de ma mère au sujet des attractions installées si près de la porte d'entrée qu'elles en interdisaient presque l'accès ; et de mon père qui ne pouvait pas dormir avant trois heures du matin à cause du vacarme sur la place. Ma sœur et moi, en revanche, nous étions très contents de nous retrouver tout à coup au beau milieu de ce Pays des Jouets sans savoir ce que nous avions fait de si extraordinaire pour mériter une aussi grande récompense.