Quaderno di traduzione 54. Vacances à Leuca: Préliminaires Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Domenica 20 Dicembre 2015 08:20

Traduzione di Annie e Walter Gamet

 

« ...la fidélité aux choses qui ont traversé notre vie. »

Walter Benjamin, Journal parisien.

 

Pendant de nombreuses années, nous avons passé les vacances à Leuca. Tout commençait l'après-midi d'un dimanche du mois d'avril, quand vers quinze heures, c'est-à-dire avec une bonne demi-heure de retard sur l'horaire convenu, Uccio Pensa venait nous prendre devant la maison, s'annonçant  par un double coup de klaxon. Nous, nous étions prêts depuis pas mal de temps, habillés de pied en cap, ayant avancé à midi et demi le déjeuner dominical, car d'ordinaire nous ne nous mettions pas à table avant treize heures. Nous montions dans la voiture et en route pour le long voyage – long par rapport à nos excursions habituelles distantes tout au plus de trente, quarante kilomètres de la maison ; Otrante, Santa Cesarea et Castro sur l'Adriatique, Porto Cesareo sur la mer Ionienne étaient déjà des destinations trop lointaines pour une excursion d'après-midi, tandis que Gallipoli, Santa Maria ou Santa Caterina, où l'on avait l'habitude d'aller, étaient des localités côtières situées à une vingtaine de kilomètres et donc faciles d'accès. Ce long voyage allait nous mener jusqu'où il était possible d'aller vers le sud : Santa Maria di Leuca, car au-delà il n'y avait plus rien d'accessible, sinon à bord d'un bateau.

Concernant Leuca, mon père était passé maître dans l'élaboration d'une mythologie détaillée et mystérieuse. Nous n'allions pas dans un lieu quelconque, mais à Santa Maria de finibus terrae, là où les deux mers, Ionienne et Adriatique s'unissaient, mêlant leurs eaux en un point indéterminé devant lequel dans l'heure qui suivait nous serions les fervents témoins d'un événement qui, même s'il se répétait, immuable depuis des millions d'années, n'en perdait pas pour autant sa séduction naturelle, son prodigieux mystère ; grande fut donc ma stupeur quelques années plus tard de découvrir que la géographie démentait cette mythologie, faisant passer la ligne de partage entre les mers Ionienne et Adriatique à  de nombreux kilomètres plus au nord. Ainsi le nom de Punta Ristola désignait-il conventionnellement l'autel devant lequel étaient célébrées les noces des deux mers, auxquelles nous avions, cet après-midi-là, le privilège d'être conviés. La frénésie des préparatifs qui précédait le départ pour Leuca le dimanche d'avril n'était qu'une répétition générale, quelque peu approximative, mais tout aussi remplie de cette même attente à laquelle nous serions confrontés le jour du départ pour les vacances, lorsque Uccio Pensa nous conduirait à Leuca pour un séjour d'un mois entier, aussi long qu'une saison entière de la vie. En avril, nous allions à Leuca dans le but précis de confirmer la location de la maisonnette que nous avions occupée l'année précédente, ou bien d'en trouver une autre plus confortable et moins chère ; et à cause de l'incertitude sur l'issue favorable de notre voyage, l'angoisse et la tension nerveuse à notre départ étaient à leur comble et ne se dissipaient que si mon père scellait d'une poignée de mains le contrat oral avec le propriétaire de la maison. Alors, la maîtresse de maison offrait aux adultes un petit verre de vermouth et à nous, les enfants, une friandise, et tout le monde était heureux et satisfait.

Nous retournions à la maison contents, nous armant de patience en attendant le  jour du véritable départ vers la nouvelle maison de vacances. Entre-temps, la fin de l'école allait occuper les quelques mois qui nous séparaient du jour fatidique. L'année où l'accord avec le propriétaire de la maison ne se conclut pas et que nous ne trouvâmes pas d'autre maison à un prix raisonnable pour nous, le retour à Galatina fut très triste, car nous savions que ce voyage pour rien signifiait la fin de nos vacances à Leuca, même si notre père nous réconforta en disant que nous retournerions le dimanche suivant – ce qui en fait n'arriva pas. Et déjà mes camarades m'invitaient à faire du camping avec eux, m'ouvrant un horizon de nouvelles expériences qui marquaient la fin de l'enfance et de la prime jeunesse passées en famille ainsi que le début d'une adolescence dont l'histoire cependant allait s'inscrire dans un autre cadre. Dans les années qui ont suivi, nous ne sommes jamais plus retournés à Leuca, sauf pour de brèves visites de quelques heures, durant lesquelles nous avions à peine le temps de noter les grands changements intervenus dans cette Balbec de notre prime jeunesse.