Quaderno di traduzione 59. Scènes de vie à Leuca Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Sabato 30 Gennaio 2016 18:27

Traduzione di Annie e Walter Gamet


Le soir, après le dîner, nous nous retrouvions sur le front de mer à la hauteur du ponton, là commençaient nos longues promenades en direction de Martinucci, ou bien de l'autre côté, vers la Case de l'Oncle Tom. Ces bars en marquaient les points extrêmes ainsi que les limites de nos déplacements. Qui se souvient encore du front de mer de Leuca dans les années soixante-dix, étroit et sombre au-dessus duquel tournoyait, plus lumineux, le faisceau du phare ? Quand on coupa les vieux lauriers-roses, nés des boutures de fleurs des villas de la Belle Époque, sous lesquels ma mère s'empressait de garer l'auto dans la journée pour la mettre à l'abri du soleil et éviter de la retrouver toute brûlante après le bain à l'heure du retour à la maison, quand à leur place on planta les tamaris vite déformés et courbés par le sirocco jusqu'à leur donner l'air de vieillards décrépits, quand dans le même temps on élargit le front de mer, donnant le coup d'envoi à de grands travaux de réfection, alors il me sembla que toute une saison de ma vie était sur le point de finir, et justement ces travaux coïncidaient avec notre dernier séjour à Leuca en 1978 ; ensuite Leuca prit un nouveau visage, tout à fait différent de celui que j'avais connu jusqu'alors et après avoir cessé d'y séjourner au mois d'août, chaque fois que nous y retournions pour une excursion de quelques heures à d'autres saisons de l'année, nous nous en attristions – il en va toujours ainsi chez les nostalgiques qui ne parviennent plus à vivre avec leur temps, soit par incapacité intellectuelle, soit par obligation de vivre loin d'un lieu qu'ils ont connu et aimé sous des aspects particuliers qui par la suite n'existent plus.

Nous achetions pour cinquante lires de graines de courge que le vendeur mettait dans un cornet confectionné sur place, une petite feuille de papier transformée d'un geste habile de ses mains en un cône où toute la soirée nous puisions les petites graines que nous grignotions en suivant des filles plus grandes que nous qui nous ignoraient systématiquement. Gigi se prêtait de mauvaise grâce à ces exercices pour aspirants chasseurs de la savane, il préférait me parler de ses livres, tandis qu'Antonio s'adonnait volontiers à la traque, décortiquant nerveusement les graines avec les dents, recrachant les enveloppes ici et là sur le parcours. Quant à moi, je me partageais entre l'un et l'autre, suivant pour ainsi dire tantôt la raison, tantôt l'instinct, sans pouvoir me décider sur le comportement à adopter en pareilles circonstances. Nous croisions souvent ma mère et la Signora Lucetta – Ia se plaignait des jambes et préférait rester à la maison ; d'ailleurs à la plage non plus on ne la voyait guère si bien qu'à la fin de la saison sa peau avait la blancheur de l'ivoire. Elles aussi se promenaient sur le front de mer avec des amies, en nous surveillant de loin. Elles restaient tout au plus jusqu'à dix heures et demie avant de se retirer, non sans nous avoir d'abord recommandé d'être rentrés pour onze heures, heure à laquelle de notre propre initiative nous ne manquions pas d'ajouter une demi-heure supplémentaire.