Quaderno di traduzione 62. Excursions sur la côte les matins de mauvais temps Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Domenica 28 Febbraio 2016 17:10

Traduzione di Annie e Walter Gamet

 

Certains jours, le mauvais temps empêchait d'aller à la plage, seuls quelques téméraires osaient défier le déferlement des vagues, plongeant du ponton du Lido et regagnant le rivage à grandes brasses sous le regard incrédule des vacanciers qui se tenaient à l'abri sur le front de mer. Le ciel restait couvert d'une mince grisaille que le soleil parvenait de temps à autre à percer, nous laissant croire que nous pourrions nous baigner au moins l'après-midi ; le bord de mer était balayé d'un sirocco tellement chargé d'humidité qu'il vous collait les vêtements sur le corps et l'imprégnait de sel. Il n'était pas non plus possible d'aller sur le ponton, assailli et envahi de vagues très dangereuses pour qui s'en approchait imprudemment. C'est alors que nos amis et nous décidions de prendre nos voitures pour faire ensemble une excursion sur la côte, soit vers Tricase, soit de l'autre côté, vers Felloniche, San Gregorio et Torre Pali. Cette interruption dans nos activités n'était après tout pas si désagréable, car nous allions dans des stations balnéaires que nous n'avions jamais fréquentées bien que voisines de Leuca et dont nous n'aurions même pas soupçonné l'existence si les conditions atmosphériques étaient restées bonnes. Quand nous remontions la côte vers Tricase, nous nous arrêtions au surplomb du Ciolo qui nous saisissait d'effroi, ou bien au bord de la route, là où la vue du panorama nous apparaissait la plus évocatrice. Dans le lointain, les bourrasques d'une trombe d'air faisaient rage sur la vaste étendue de la mer, heureusement suffisamment au large pour ne pas causer de dommages aux personnes ni aux biens ; sur la ligne d'horizon, indifférent aux flots impétueux, passait un bateau, telle une grosse baleine qu'aucune tempête ne peut effrayer et mon père, nous prenant encore pour des gosses, répétait : « un bâtiment passe, chargé, chargé de... ». Ma mère, la Signora Lucetta et Ia en profitaient pour s'approcher d'un figuier dont les branches courbées sur la route offraient leurs fruits si généreusement qu'il était impossible de leur opposer un refus ; de même les caroubiers nous laissaient volontiers cueillir leurs gousses pendantes à conserver pour l'hiver – en les mangeant, nous nous rappellerions cette excursion d'un jour de la fin du mois d'août quand à cause du mauvais temps nous n'avions pas pu nous baigner comme d'habitude sur la petite plage de Leuca ; nous en faisions une ample provision, comme si, n'appartenant à personne, elles n'attendaient que nous pour être cueillies. Pendant ce temps-là, mon père et il Signor Raffaele se remémoraient le passé en évoquant l'ouverture de cette route littorale construite par les Anglais après la Seconde Guerre mondiale, un œil sur le radiateur de la Fiat 600, un « appoint » d'eau pouvant être nécessaire pour assurer le retour à Leuca. Puis ils se remettaient à scruter la vaste étendue de la mer tempétueuse, cherchant à localiser la trombe d'air, pour vérifier qu'elle n'avait pas progressé en direction du rivage. Mon père s'appuyait alors sur moi, comme subjugué par la vision sublime de ce panorama,  pointant sa canne vers la mer, il disait d'une voix forte : « Te voici à Finibusterre, mon fils, souviens-toi. Te voici aux confins du monde, là se retrouve tout ce qui s'est perdu ; au-delà des limites du fini... » et il respirait à pleins poumons. Il tirait la citation du Finibusterre de Luigi Corvaglia, il Signor Raffaele, tout en opinant du chef, m'observait à la dérobée.

Quand nous empruntions la route côtière dans l'autre direction, vers San Giovanni, nous nous arrêtions immanquablement à San Gregorio, où, même par mer très agitée comme ces jours-là, des pêcheurs faisaient le nécessaire pour approvisionner le marché de la station réputée pour ses oursins. Nous en mangions de grandes quantités, accompagnant de pain la chair couleur orange, sans jamais en être rassasiés.