Quaderno di traduzione 63. Préparatifs de retour Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Domenica 06 Marzo 2016 07:57

Traduzione di Annie e Walter Gamet

 

Après le quinze août, les orages étaient porteurs non seulement de nuages mais aussi d'un mauvais présage : les vacances touchaient désormais à leur fin ; malgré l'impossibilité d'arrêter le cours du temps, je mettais en œuvre, en mon for intérieur, toutes les stratégies imaginables pour en prolonger la durée, pensant que dix, sept, cinq jours ne sont jamais que la somme d'un très grand nombre d'heures dont chacune me réserverait un plaisir différent, à savourer sans hâte, l'une après l'autre, si bien que le temps passerait très lentement, comme dans une séquence cinématographique au ralenti ; mais il se produisait exactement le contraire, car le plaisir que suscite en nous un divertissement quel qu'il soit – et j'entends par là le plaisir ludique des vacances – est directement proportionnel à notre perception de la rapidité du temps. Plus nous nous réjouissons, plus le temps passe vite. C'est pourquoi je pense que le plus grand des plaisirs – tel celui qu'imaginent les croyants, le musulman allongé parmi des dizaines de vierges ou le chrétien devant Dieu – réside sans aucun doute dans l'absence de la notion de temps, dans une délicieuse éternité. Pourtant, en ce qui me concerne, plus je m'immergeais dans le temps des vacances, moins j'en avais la perception, et à la fin je me retrouvais à constater que je n'avais plus que quelques heures à passer à Leuca. Mes amis étaient déjà partis depuis quelques jours, repris par les activités de la vie qui avait été la leur avant notre rencontre, d'autres resteraient encore quelques temps après notre départ, pour assurer une continuité de notre présence dans des lieux qui ne tarderaient pas à être presque inhabités. Nous avions échangé nos adresses, nous allions nous écrire, maintenir un lien épistolaire plus ou moins assidu, mais aucun de nous n'était sûr de retrouver ses amis l'année suivante – même plage, même mer n'était qu'une chansonnette d'un autre temps –, parce que les adultes pourraient très bien décider de passer les vacances ailleurs et en ce cas il nous faudrait nous résigner à une irrémédiable séparation. Je jurais à Antonio d'aller le voir à Presicce dès les jours suivants, certainement avant Noël, comme lui me jurait de venir me voir à Galatina. Au fond, les deux petites villes n'étaient distantes que de quarante kilomètres. Mais ces visites n'eurent jamais lieu. Quand on revient chez soi, que l'on reprend l'ancien rythme des mois de travail, revoir quelqu'un qu'on a connu dans un tout autre contexte n'a aucun sens, même amis comme nous l'étions,  nous nous serions retrouvés ensemble, non plus comme des poissons dans l'eau, mais hors de leur élément.

À la fin de l'été, Guarino, aussi noir que de la poix, arrivait dès le dimanche précédent, il se faisait entendre dans les rues de la localité où il passait avec son camion en vantant ses poteries à des prix « ridicules » – à vrai dire, fin août, il les avait effectivement baissés, et ma mère en profitait alors pour lui acheter des pots en terre cuite pour ses fleurs –, puis il dressait son étal sur la petite place du marché, en attendant de repartir avec nos bagages ; le premier septembre à neuf heures, mon père devait être présent à la réunion des enseignants de son école à Galatina ; une autre famille, d'après ce que nous avait dit le propriétaire, allait s'installer dans notre maison de vacances les premiers quinze jours de septembre. Bref, nous avions beau, ma sœur et moi, prier et conjurer nos parents, il était impossible de rester à Leuca, ne serait-ce qu'un jour de plus. L'après-midi du 31 août – déjà les jours avaient raccourci et le soleil commençait à baisser à six heures du soir – Guarino aidait à charger les bagages dans le camion en partie occupé par la marchandise invendue, puis nous prenions congé des propriétaires de la maison, en leur donnant rendez-vous pour un dimanche d'avril de l'année suivante. Ainsi, tandis qu'une famille de vacanciers de septembre, pressée de prendre possession des lieux, patientait déjà devant la maison avec ses « affaires » posées par terre, prête à nous succéder sans attendre minuit, nous, sans fermer la porte, remettant simplement les clefs aux nouveaux venus en présence du propriétaire, nous quittions la maison de vacances, montions dans la voiture et suivis de près par nos amis, nous retournions à Galatina.