Quaderno di traduzione 68. Le plan de la ville Stampa
I mille racconti
Scritto da Gianluca Virgilio   
Martedì 03 Maggio 2016 07:03

Traduzione di Annie e Walter Gamet

 

Galatina était une petite ville de moins de vingt-cinq mille habitants, j'y étais né, et pourtant je n'en connaissais pas toutes les rues et sa topographie ne m'était pas du tout familière. Faire un tour dans les rues de la localité, surtout dans celles qu'on n'avait pas coutume de parcourir lors des indispensables déplacements quotidiens, comme aller à l'école, au marché avec ma mère et dans les magasins où elle faisait ses courses, était alors pour moi quelque chose de nouveau et d'inhabituel. La ville était un territoire inconnu, fait de mille rues variées que je n'avais jamais eu l'occasion ni l'obligation de prendre, des gens eux aussi inconnus y vivaient, enfermés dans des maisons ou des immeubles – d'où ils sortaient et s'éloignaient dans un rayon qui sait combien plus grand que le mien – et les façades ne me renseignaient guère sur l'identité de ceux qui se cachaient derrière elles et à qui je n'aurais su que dire si jamais je m'étais trouvé forcé de leur parler. Dans mes tours à bicyclette, je voyais des gamins jouer aux billes sur la terre battue, dans les rares espaces que le béton n'avait pas envahis, s'adonner aux mêmes jeux que moi avec les camarades de mon quartier ; mais ceux-là, je n'aurais vraiment pas su dire qui ils étaient, comment ils s'appelaient, comment ils vivaient, hors de ces jeux qui d'une certaine manière faisaient d'eux mes semblables, même s'ils vivaient dans des lieux bien distincts de ceux où j'évoluais. Je passais donc sans m'arrêter, je jetais un coup d'œil sans pourtant trop insister, percevant dans leurs regards une sorte d'étonnement hostile qui, face à un inconnu, semblait vouloir dire : « Mais qui est celui-là ? D'où sort-il ? Et que vient-il faire par ici ? » Je passais sans m'arrêter, non sans avoir au préalable mémorisé le nom de la rue, que je notais ensuite dans mon carnet après avoir tourné le coin et garé la bicyclette sur le côté, dessinant approximativement le tracé de l'itinéraire emprunté ce matin-là qu'une fois de retour à la maison, je recomposerais alors dans un plan de la ville en attachant les feuilles les unes aux autres ; si bien que, tout en n'ayant encore visité qu'un cinquième de la localité, je n'avais pas assez de la table tout entière de la salle à manger pour le déployer. J'aurais mieux fait d'acquérir un plan de la ville chez le marchand de journaux, mais à cette époque je ne connaissais même pas l'existence d'une telle possibilité, de sorte que cette idée ne me vint pas du tout à l'esprit. Ce qui m'intéressait en réalité, c'était non pas tracer le plan de la ville, mais connaître les lieux où je vivais – qui ne pouvaient se restreindre à mon quartier et encore moins aux rues fréquentées chaque jour, parce que ces rues avaient un prolongement, qu'elles étaient pleines de ramifications, de carrefours et de bifurcations – des lieux où, sans crainte d'envahir un territoire interdit, j'aurais aimé m'engager et même vivre. Le plan de la ville que, jour après jour au terme de mes tours à bicyclette, je composais en collant les unes aux autres avec du ruban adhésif les feuilles de papier sur chacune desquelles se trouvait le tracé de mes déplacements quotidiens, comme autant de pièces d'un puzzle, était pour moi un produit de substitution : il remplaçait le désir évidemment irréalisable d'habiter ailleurs que dans ma maison, dans mon quartier, par celui de connaître des lieux si proches et si inaccessibles, du moins dans la mesure où ma crainte d'ennuyer des gamins qui jouaient dans un autre quartier et dont les regards me semblaient hostiles, m'empêchait de m'arrêter, de leur parler et de partager leurs jeux.